Il y a des jours dans la vie où l'on ne regrette pas de s'être levé !

Et ce matin, vendredi 22 novembre 2019, en est un !

Et pourtant la semaine avait bizarrement commencé. Je vous raconte...

On est mardi matin, il est même pas 7 heures et un bruit me réveille. Un bruit que je reconnais sans ouvrir les yeux. C'est une perdrix qui passe sous la fenêtre de ma chambre. Elle glousse et reglousse et c'est assez fort... Elle est contente la petite perdrix ... Certes je suis réveillée mais... pas envie de me lever. Je somnole et traine au lit quand une sorte de fracas me sort des bras de Morphée 30 minutes plus tard ... Ca vient du séjour, j'y cours et fais le tour de la pièce. Rien ne semble avoir chuté ni bougé. C'est à n'y rien comprendre ... Pourtant le bruit était une sorte de froissement et de chute en même temps, avec un fond de bruit de gamelle métallique ... Bizarre ...

Cette fois c'est dit, je suis debout et ma journée commence ... 

Dans la matinée un bruit m'attire à nouveau dans le séjour. On dirait que quelqu'un essaie de rayer du métal avec une pointe ou un couteau. C'est désagréable et strident. Je commence à penser que c'est peut-être cela des acouphènes. C'est bref, et tant mieux... je déteste ! L'instant d'après quand ça recommence,  je réalise que ce bruit vient de la cheminée ... Je fixe du regard le poële à bois, sans vraiment comprendre. Il y a quelque chose dans le conduit de cheminée et ... c'est vivant ! Ça bouge fort, ça essaie de sortir, ça se démène ... Mais pas de cris. Très bizarre. Pas plus brave que cela, je m'approche mais je n'ouvre pas la porte du poële. Je ne sais même pas de quoi j'ai peur. Derrière la vitre rien ne se passe...

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Je dois sortir ce jour là et quand je rentre, j'ai tout oublié. La soirée commence quand tout à coup le même bruit strident me fait sursauter. Mon coeur bat à 300 à l'heure. .. Je tente d'analyser la situation. Et si c'était la perdrix de ce matin ? Une perdrix, ça vole mais la maison est quand même bien haute pour ses petites ailes. Je ne vois rien d'autre et me dis que c'est juste pas possible !. Mais durant une bonne partie de la nuit qui est arrivée je vais entendre ce bruit de frottement et strident. Depuis plus d'un an que je vis seule, je peux dire que je ne dors plus comme avant. Auparavant je dormais sur mes deux oreilles, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui ; je dors sur une oreille tandis que l'autre est de garde ! Et comme elles s'entendent bien, mes oreilles, elles se relaient ainsi toutes les nuits.

Mais à partir de cette nuit là, mes deux oreilles vont être de garde en même temps ...

Le lendemain je dois sortir toute la journée et j'en parle autour de moi. Les commentaires vont bon train. Comment faire sortir la perdrix ? Et puis c'est peut-être pas ça ! C'est peut-être un rat qui a fait un trou dans la cheminée depuis le grenier et qui s'est vautré. Ou un loir, qui sait ? Et cette bestiole a fait une chute de dix mètres au moins et est peut-être blessée... Elle va mourir dans ce conduit, quelle horreur !  Que faire ? On me dit d'allumer un bon feu pour abréger ses souffrances... Je ne m'y résouds pas. Appeler les pompiers ? Tout le monde m'en dissuade :" ils vont ruiner ton poële, exploser ta cheminée et le mur au dessus..." Et c'est même pas certain qu'ils se déplacent... Grrr...Je n'ai pas de réponse et voilà la deuxième nuit qui passe avec toujours les mêmes bruits. Dans la journée c'est assez calme, rien ne bouge vraiment. Je mets la musique au plus bas pour être à l'écoute de ma cheminée. Oui, je sais, c'est ridicule ! Je retourne le problème dans tous les sens mais je ne sais vraiment pas quoi faire pour cette petite bête.

J'ai beau me rassurer en pensant que si ça se trouve c'est une souris...Une petite Minnie, toute petite, c'est bien bruyant, hein ? Je flippe un peu le soir venu et mes nuits deviennent très difficiles.

Jusqu'à hier soir...

Il est 23h30 quand tout à coup un bruit de souffle relativement puissant semble sortir de la cheminée... Je sursaute tellement que j'en perds mes aiguilles à tricoter !!! Mon coeur va exploser dans sa cage. C'est un souffle désespéré mêlé à une sorte de cri sur la fin. La bête semble vouloir sortir désespérement et met les bouchées doubles. On dirait qu'elle se réveille ; elle raye le métal très fort, très vite, elle souflle fort et pousse des cris aigus que je ne connais pas. Cela ressemble un peu aux cris d'un chat blessé ou d'un petit enfant. Là, je suis mal, très mal... Je tente de lui parler, tout doucement. En bref, je parle au poële... Je veux me dédouaner en lui disant que je n'y suis pour rien si elle en est là maintenant... Faut me comprendre, j'ai rien demandé... Je flippe tellement que je dis n'importe quoi ! Je vais me coucher à minuit et demi, histoire de m'allonger, je sens que la nuit sera brève... Un pressentiment ...

Il est deux heures du matin quand j'entends dans mon sommeil, un hululement... C'est loin, je n'arrive pas à émerger de la nuit. Puis cela se rapproche et je réalise que c'est chez moi. Des hululements vifs, longs et désespérés... Mais pas que ! Dehors, au large, d'autres hululements semblent répondre à mon locataire. Je prête une oreille plus qu'attentive à tout ce bruit et là c'est LA révélation : c'est une chouette qui est prisonnière ! J'en suis maintenant sûre et certaine. Et ce congénère qui lui répond semble vouloir le motiver à s'évader ! Une grande tristesse m'envahit ; une dame blanche dans la suie de la cheminée...  il faut que je trouve une solution pour la faire sortir de cet enfer. Même si cette longue chute dans la cheminée ne s'explique toujours pas ! Dans le noir un mot s'inscrit devant mes yeux ... la LPO... Demain, c'est dit j'appelle la Ligue de Protection des Oiseaux. J'en suis certaine, ils auront une solution, la solution ! En attendant, ces cris me déchirent le coeur. C'est fort, à la limite du supportable... Comment l'expliquer plus tard ? Alors, toujours dans le noir, je vais brancher le dictaphone de mon portable et le poser sur le pouf devant la cheminée. Et là, tout s'arrête, la bête semble se calmer. J'en profite pour retourner au lit. La trève n'aura duré que 30 minutes. Les cris reprennent et durent environ 5 minutes tous les quarts d'heure. Et jusqu'à 6h30 le lendemain matin... J'ai plus de quatre heures d'enregistrement.  Il est tôt quand je cherche les coordonnées de la LPO qui ouvre à 9 heures. 

OUI... oui ... Hourrah ! L'agent de la Ligue a une solution, il va venir avec sa boite à outils pour démonter le haut du poële, comme un ramoneur et aller chercher l'oiseau ! J'ai hâte... Cela fait 3 jours et 3 nuits que la petite chouette est isolée, sans eau, sans nourriture. Combien de temps peut-elle encore tenir ? Une fois l'intervention commencée, il me confirme bien que c'est un oiseau mais en voulant l'attraper, la peur la fait remonter un peu plus haut. Elle a encore de la force et se rebiffe. Tant mieux, elle est encore forte. Il va falloir trouver un objet un peu souple mais pas trop et un peu long. Le flexible de l'aspirateur fera l'affaire et ça marche ... Il l'attrape délicatement et la fait descendre très lentement jusqu'à l'air libre. 

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Et la voilà ... Ses yeux se ferment à la lumière, elle est sale mais bien vivante. C'est une chouette hulotte ...

Le tour de ses yeux ressemble à de grosses joues. Un nom me vient spontanément : Jouflotte... je la baptise intérieurement Jouflotte ! Une grande émotion m'envahit, les larmes me viennent et je me félicite de ne pas avoir fait de feu pour la tuer. Elle a besoin de soins et va partir avec Michel, son sauveur, pour un check-up chez une spécialiste, Lorraine, qui va la nourrir, l'hydrater et la nettoyer. Merci Lorraine ...

Se pose ensuite la question de savoir où la relâcher quand elle ira mieux ... S'il le faut j'irai la chercher pour la ramener dans son environnement. C'est bien normal. Dans l'après midi Michel m'appelle pour me donner de ses nouvelles : elle n'a rien de cassé, elle va bien ! Je me détourne de mes occupations et cours la récupérer. 

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La voici, toute propre dans les bras de la femme de Michel ... Elle a changé de couleur, je la trouve très belle ma petite Jouflotte ...

J'apprends qu'elle devra attendre  la nuit complète pour être remise en liberté, soit à partir de 22 heures. Logique .... C'est une belle de nuit mais je n'y aurais pas pensé. J'emmène Jouflotte dans son carton et c'est parti pour son deuxième voyage en voiture. Elle passe la soirée au calme, ne fait pas de bruit. Puis à l'heure dite, je sors son carton juste devant la maison, je veux la voir s'envoler, postée derrière la vitre. Je sais que je ne pourrai pas la prendre en photo à cause du manque de lumière. Je m'y résouds.

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 Je décide de la laisser tranquille et m'éclipse ... 

Je vais venir plusieurs fois la voir mais dans le noir,  je ne sais pas si elle est toujours là ou pas... Patience ... A 23h30 je viens une dernière fois ! Elle est toujours dans son carton, comme couchée, à moitié endormie ... Que faire ? Il pleut, j'ai peur qu'un prédateur s'en empare dans la nuit ! Ce serait trop bête, je la sens vulnérable et décide de la rentrer. Je tenterai une nouvelle fois plus tard  Et donc à 2 heures, je sors dans la nuit, sous la pluie, ouvre son carton et attends... 

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Rien ne se passe ... Elle devrait s'enfuir dès l'ouverture du carton, c'est un animal sauvage après tout. Ce serait normal ... Je décide de faire une photo, histoire d'y voir plus clair. Elle est toujours là, bien calée dans un coin de cet habitacle provisoire. Elle s'y sent bien ou est elle trop fatiguée pour partir ? N'ayant pas tous les codes, je remballe Jouflotte et recommencerai plus tard dans la nuit ... Il est un peu plus de 4 heures quand je fais une nouvelle tentative. Je n'ai pas tout à fait fini d'ouvrir le carton que tel un pantin sortant de sa boite, dans un souffle, elle s'envole dans le noir. Cette fois, elle était comme montée sur ressort et a repris sa liberté. Pas eu le temps de comprendre. Comme pour me dire au revoir et merci, seul le battement d'une aile est à peine venu effleurer mon front, dans un dernier souffle. Mes yeux scrutent la nuit : rien ... Et c'est tant mieux !

Joufflotte a repris le cours de sa vie et je sais qu'elle ne reviendra plus sur ma cheminée : les oiseaux ont la mémoire des mauvaises expériences ... Pourvu que ce soit vrai ! 

Longue et belle vie à toi Joufflotte ...

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Un grand MERCI à La Ligue de Protection des Oiseaux de Touraine et plus particulièrement à Michel et à Lorraine ...

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Contrairement à mon habitude ce post est moins pourvu en photos mais je tenais à vous faire partager cette belle histoire qui finit bien ...

@ bientôt ...